Inventer un appareil et protéger une invention

Inventer un appareil et protéger une invention
4.8 (95%) 4 votes

 En tant qu’inventeur

ayant déposé des inventions et participé au concours Lépine, je suis régulièrement sollicité pour conseiller d’autres inventeurs ( quelques unes de mes inventions ici . Toutes ne sont pas forcément de mon cru ). En effet, de nombreuses personnes ont des idées de produits et rêvent de les développer concrètement. Au pied du mur, on se rend compte qu’il n’est pas simple de faire naitre réellement le projet ! En tout cas on pense immédiatement à protéger une invention, et les démarchent commencent …

pomme d'aspiration
Pomme d’aspiration de l’aspirateur de vase. Cliquez l’image pour voir le produit

Qu’est ce qu’une invention ?

Oui il faut se poser la question car bien souvent, la fameuse bonne idée n’est pas nouvelle ! Il faut impérativement faire des recherches avant de se lancer jour et nuit dans son projet… Et découvrir après des mois de travail que l’on n’a rien inventé du tout ! Attention c’est très souvent le cas.

Anecdote bien réelle :

Etant triathlète à mes heures ( 15h d’entrainement hebdomadaire … ça commence à compter ), et soucieux de ne plus avoir mal à la nuque à force de garder la position « chrono » sur le vélo tout en regardant la route, je me suis penché sur la question pour inventer un procédé de visualisation de la route sans la regarder directement.

Bien entendu, j’ai effectué des recherches, et n’ai rien trouvé de probant sur le sujet. En tout cas pas ce que j’avais en tête, c’est à dire un système simple, sans électronique ni électricité. J’ai donc travaillé sur l’invention en élaborant un prototype que j’ai testé. Après des mois passés à l’améliorer, j’ai abouti à quelque chose de correct, en commençant par un système inclus aux lunettes, qui finalement s’est transformé en un prisme sur le cintre. J’ai même fini par m’habituer à rouler avec ce système et à ne plus vouloir l’enlever du vélo. Voilà, l’invention était née, testée, il n’y avait plus qu’à la protéger et à la produire.

C’est alors que j’envoie les plans à mon usine favorite. Le retour fut  » violent « . l’industriel m’envoie de nombreuses photos de  » mon  » produit en fonctionnement sur des vélos aux USA ! Je tombe des nues. c’est bien MON invention que je vois. Le même prisme, le même système d’attache, les même dimensions … MON INVENTION A MOI !!! Eh oui, 2 américains avaient déposé un brevet 1 an avant moi. Ils étaient bien les pionniers, c’était LEUR INVENTION !

C’est incroyable comme le cerveau humain peut aboutir aux mêmes résultats, à des milliers de kilomètres de distance, à des dates différentes, selon des cultures différentes… Bref, je n’avais rien inventé, mes recherches n’avaient pas été assez poussées ! Si j’avais produit mon idée, les deux inventeurs m’auraient certainement poursuivi en justice en m’accusant de les avoir copiés. Cependant je n’avais absolument pas connaissance de leur invention avant de lancer la mienne. c’est extraordinaire n’est ce pas ?

Il faut donc toujours mener une enquête poussée sur l’existant, notamment au niveau de l’INPI. J’y reviens dans les paragraphes ci-dessous.

Dépôt à l’INPI.

Votre idée est mure, il faut donc faire des recherches sur internet, puis dans les archives de l’INPI. Je me souviens que pour ma perche de natation sur place, j’avais eu la désagréable surprise de constater que la nage sur place était un sujet bien connu, avec des dizaines d’appareils déjà déposés ! Mais par chance, rien ne ressemblait à ma perche. J’ai donc pu déposer un dossier.

Perche de natation
Perche de natation. Cliquez l’image pour voir le produit

Vous devez attester des recherches avant de déposer votre dossier. Bien entendu l’INPI va poursuivre vos recherches pour bien vérifier que votre invention peut être brevetée sans empiéter sur un autre brevet.

Ensuite, il s’agit de  » business « . C’est à dire que vous allez payer des services ! Protection monde ? Europe ? Juste France ? Ce n’est pas le même prix ! Quelles classes ? Uniquement natation ? Ou bien une protection élargie à d’autres domaines ? L’INPI fonctionne effectivement avec des classes de produits. Par exemple ma perche a été déposée dans la classe  » produits de sport  » ou  » natation  » je ne sais plus très bien . Mais en tout cas j’ai dû choisir une classe. J’aurais pu en choisir plusieurs, mais le coût aurait été supérieur.

Vous aurez donc à payer un minimum de 1000 euros, jusqu’à … ? Bien plus cher sans doute 🙂 Ensuite vous allez payer tous les ans. Plus les années s’écouleront, plus vous allez payer. En effet l’INPI considère que si vous conservez votre brevet au fil des ans, c’est qu’il vous rapporte ! Donc le coût augmente chaque année, de quelques dizaines d’euros par an pour un simple brevet français sur une seule classe, jusqu’à plusieurs milliers d’euros.

Pendant 20 ans, l’INPI va vous envoyer la facture. Après 20 ans, votre brevet n’est plus renouvelable. On dit alors qu’il  » tombe dans le domaine public « . Chacun est alors libre de vous copier.

Attention avant de vous engager à l’INPI ! En effet, si vous décidez que ça commence à vous coûter cher et que vous souhaitez donc résilier votre contrat, alors il faut payer ! Le coût de résiliation sera aux alentours de ce que vous payez par an pour le brevet. En d’autres termes vous pensez peut être économiser l’année de cessation, mais que nenni ! Vous payerez autant que si vous deviez payer l’année. C’est comme un divorce, il faut payer pour partir !

Votre invention est protégée.

Maintenant il faut produire. Bien entendu, vous devrez mener les actions simultanément. C’est à dire vous enquérir de la faisabilité technique et commerciale du projet, tout en effectuant les démarches à l’INPI. En effet, la grande majorité des brevets déposés ne donne pas naissance au produit. L’invention reste à l’état d’idée !

Convaincu que son idée est géniale, l’inventeur se presse de la déposer, de payer des sommes folles pour une protection mondiale dans 15000 classes différentes… Mais quid de la faisabilité ? la plupart du temps, on se rend compte que le produit sera bien trop cher à fabriquer.

Il faut donc  impérativement se renseigner à l’avance, AVANT de protéger l’invention, sans trop en dire évidemment. Par exemple dans mon cas, je me suis rendu compte que la fabrication de mes tuteurs de tomates pliables en couleur allait coûter près de 2 euros par tuteur ! INVENDABLE !!! J’ai dû patienter 3 ans avant de trouver la solution technique qui me permettait de produire à un coût certes très élevé, mais plus raisonnable. De même pour ma sangle de yoga. Avec sa longueur de 4 mètres, je triple le prix du marché … Impossible pour moi de dégager une marge !

Pour commencer, on ne produit une invention qu’à quelques exemplaires ! Il va falloir investir dans des moules, des machines spécifiques… tout cela engendre des frais fixes qui ne seront répartis que sur quelques unités de production. Le coût de revient de départ est très très élevé ! Voilà pourquoi très peu d’inventions voient le jour.

Il faut ensuite prendre une décision, forcément risquée ! La prise de risque fait partie du métier d’inventeur. Il y a forcément un pari de départ. Personnellement, je ne me lance dans aucune démarche marketing. Je considère que si j’ai besoin d’un produit, alors d’autres personnes en auront besoin. C’est une sorte de marketing à l’envers. Je pars de l’individu, et non pas du nombre, révélé par une enquête de consommation !

C’est un gros pari, très risqué. Mais je produis de petites quantités. Je limite le risque même si le prix est élevé ! Je ne gagne pas d’argent au départ en vendant prix coûtant. Mais si le produit se vend bien cela dégage une marge qui me permet de créer à nouveau.

Selon mon expérience, il faut compter 10 ans  de commercialisation pour qu’une invention en finance d’autres et devienne rentable ! Le brevet déposé par Tapisnet pour ses paillassons en coton, en 1989, est aujourd’hui largement rentabilisé.

Bon courage alors à tous les inventeurs en herbe. Il faut y CROIRE ! Sans oublier que la tête dans les étoiles ne suffit pas, il faut aussi garder les pieds sur terre et être GESTIONNAIRE !

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *